La richesse des espèces de sapins de Noël
Ces récentes années sont arrivées sur le marché de très nombreuses espèces différentes de sapins de Noël. Soudain, nous avons l’embarras du choix. Peut-on encore distinguer la forêt derrière l’arbre?
Vous êtes-vous déjà demandé d’où provenait cette tradition consistant à installer un sapin de Noël? Il semble en effet illogique que, pour célébrer un événement qui s’est produit en région méditerranéenne – pour autant qu’on y croie – on ait choisi un symbole qui n’en soit pas vraiment spécifique. Pourquoi un conifère sempervirent et pas un palmier, par exemple?
Brève historique
On cherche souvent une explication dans la tendance du Christianisme ancien à reprendre des usages “païens” existants pour les incorporer à la nouvelle religion. Les arbres sempervirents symbolisent le renouveau de la vie. On le voit par exemple sur d’anciennes fresques où le dieu grec Dionysos, dieu du vin et de la fertilité masculine, revient triomphalement d’Inde en portant sur son dos un conifère se terminant en cône. Pourtant, si on parle de renouveau de la vie, le choix d’un arbre sempervirent n’est pas non plus évident. Il symbolise éventuellement la survie, mais, pour le renouveau, on songerait plutôt à des arbres qui fleurissent en hiver. C’est par exemple le cas en Grande-Bretagne, où un rameau fleuri de ‘Glastonbury Thorn’ orne chaque année la table de Noël de la reine. Cette variété de Crataegus oxyacantha est en effet remarquable en ce qu’elle fleurit aux alentours de la Noël.
Une autre explication de la naissance du sapin de Noël remonte à saint Boniface, qui aurait essayé d’expliquer la Sainte Trinité aux Germains à l’aide d’un conifère. Il s’efforçait ainsi d’incorporer plus pacifiquement au Christianisme l’usage païen consistant à faire, au milieu de l’hiver, des offrandes d’animaux mâles et d’esclaves pendus à des arbres (presque comme une sorte de décoration).
Quoi qu’il en soit, l’usage actuel du sapin de Noël ne peut pas être relié directement à une tradition païenne. On rencontre pour la première fois le sapin de Noël actuel au XVI e siècle, en Allemagne. Un petit sapin était décoré de pommes, de noix, de dates, de petits cadeaux et de fleurs en papier dans la maison de la Guilde. Le jour de Noël, les enfants des membres de la guilde pouvaient “cueillir” ces petits présents. Le même usage se retrouve aussi, à peu près au même moment, chez les apprentis-tailleurs de Bâle. L’usage se généralise au cours du XVII e siècle et les premiers arbres de Noël font leur apparition dans les maisons. Un prêtre de Strasbourg, Johann Konrad Dannerhauer, le regrette beaucoup, car il estime que cela détourne le message divin. Il ne pourra pourtant pas empêcher le sapin de Noël de trouver sa place, au XIX e siècle, dans la maison de ceux qui peuvent se le permettre.
Les espèces de sapins de Noël
Dans nos régions, le sapin de Noël traditionnel est l’épicéa, Picea abies. On le trouve en grand nombre en Belgique, surtout dans les Ardennes, où il a été planté en raison de son long tronc bien droit, idéal pour certaines utilisations (par exemple dans les mines). Cet arbre peut atteindre de belles proportions: jusqu’à trente mètres de hauteur et plus en Scandinavie et dans le nord-ouest de la Russie. Comme sapins de Noël, seuls entrent en ligne de compte de jeunes exemplaires, évidemment. Bien cultivés, ces épicéas sont très réguliers, ils se ramifient à partir d’une faible hauteur et ils sont parfaitement symétriques. Leur couronne est très dense et les ramifications sont horizontales, de sorte que ces arbres conviennent très bien pour la décoration. On achète les plantes avec ou sans racines (donc arrachés ou abattus) et, dans le premier cas, on peut essayer de les planter au jardin après usage. Il ne faut cependant pas trop espérer, car la période où les arbres ont été gardés à l’intérieur, dans une atmosphère chaude et sèche, est souvent si stressante qu’ils ne survivent pas à leur retour à l’extérieur, au milieu de l’hiver. Un épicéa coupé a la réputation de perdre rapidement beaucoup d’aiguilles; cela pose nettement moins de problèmes avec un exemplaire pourvu de racines, planté dans un conteneur rempli de terreau et soigné dès le début comme il se doit.
Comment soigner un sapin de Noël
Ce qui suit concerne tous les types de sapins de Noël sciés, mais surtout l’épicéa.
- Pendant le transport, protégez l’arbre du vent et d’autres influences néfastes (comme le sel de déneigement). Enveloppez-le si nécessaire dans du plastique.
- Si vous ne souhaitez pas le décorer immédiatement, entreposez-le à un endroit frais, à l’abri du vent et du soleil. Si possible, ne le faites pas passer directement du froid à votre salon chauffé, mais acclimatez-le d’abord pendant une nuit au garage, par exemple (endroit frais). Le choc thermique sera ainsi moins important.
- Avant de rentrer le sapin, tapotez un peu le tronc, pour faire tomber les aiguilles mortes. Recoupez le tronc de quelques centimètres avant de placer l’arbre sur son support. Cela ouvre les trachéides et permet à l’arbre de boire.
- Choisissez un support solide, sans oublier qu’il doit pouvoir supporter aussi quatre à six litres d’eau. Réapprovisionnez en permanence cette réserve d’eau en utilisant de l’eau pure, sans additifs. Grâce à cet apport continu d’eau, l’arbre perdra beaucoup moins vite ses aiguilles que si vous le placiez sur un support sans eau.
Picea omorika est un arbre élancé, dont les aiguilles orientées vers l’avant recouvrent presque entièrement les branches. Ces aiguilles, vert foncé brillant, se terminent en une courte pointe acérée. Leur revers est teinté de gris à cause de la présence de nombreux stomates alignés. C’est un arbre superbe, qui peut atteindre trente mètres de hauteur dans sa région d’origine: l’ancienne Yougoslavie.
Picea pungens est également appelé sapin bleu, parce qu’on le cultive le plus souvent sous la forme arborant des aiguilles bleu gris. En fait, ce nom vernaculaire désigne donc plutôt Piceapungens f. glauca, du moins si l’on veut considérer le type “bleu” comme une forme, ce que les botanistes actuels évitent de faire. Cet arbre pousse dans les montagnes Rocheuses, surtout au Colorado, où il peut atteindre 50 m de hauteur. C’est le sapin de Noël des gens qui aiment ce coloris gris bleu sortant de l’ordinaire.
Abies koreana gagne en popularité ces dernières années. A juste titre, car les aiguilles vert foncé à revers argenté, densément serrées, donnent à cet arbre un rayonnement très chic. Comme son nom l’indique, il provient de Corée, où il peut atteindre une hauteur de vingt mètres. Au jardin, il pousse lentement, mais résiste très bien au gel. Les exemplaires un peu plus âgés font admirer leurs splendides cônes violet pourpre. Comme d’autres espèces d’Abies, cet arbre perd moins facilement ses aiguilles à l’intérieur: une raison supplémentaire pour le choisir comme sapin de Noël. Cela ne signifie toutefois pas qu’il ne les perd pas du tout; il est donc recommandé de choisir un exemplaire vendu avec racines. Nous avons réussi, après usage, à le planter au jardin avec succès.
Abies procera , également connu comme Abies nobilis, est un autre sapin de Noël qui devient de plus en plus populaire, surtout grâce à ses aiguilles bleu vert, groupées et orientées vers le haut sur les branches. Il est peut-être un peu plus difficile à décorer, mais c’est une splendeur en soi, qui ne demande guère d’ornements supplémentaires. Dans sa région d’origine (Oregon, Washington et Californie), l’arbre adulte peut mesurer jusqu’à 80 m de hauteur. C’est assurément un noble végétal, dont les cônes sont parmi les plus grands du genre Abies (jusqu’à 25 cm de longueur). Cette espèce est elle aussi trop belle pour ne pas essayer de la replanter au jardin après les fêtes.
Abies nordmanniana est le sapin de Noël du moment. On le présente comme ne perdant absolument pas ses aiguilles, mais, selon notre expérience, ce n’est pas exact à 100 %. Le jeune arbre est plus large que haut et ses aiguilles vert très foncé brillant très densément implantées en font une véritable splendeur. Attention: en vieillissant, il pousse en hauteur et devient un arbre svelte d’une trentaine de mètres de hauteur (jusqu’à 60 m à l’état naturel). Originaire du Caucase et d’Asie Mineure, cet arbre était très cher jusqu’il y a quelques années; aujourd’hui encore, il est assez onéreux. Alors qu’on ne le vendait auparavant qu’avec motte racinaire, on le trouve maintenant aussi coupé. A notre avis, la qualité des exemplaires avec racines est meilleure.
Abies concolor est la dernière espèce d’Abies que nous souhaitons présenter ici. Elle diffère nettement des espèces précédentes par la longueur de ses aiguilles bleu vert, qui mesurent jusqu’à 7 cm. La forme de l’arbre est aussi plus ouverte que chez la plupart des sapins de Noël connus, mais convient bien aux habitations modernes. Si vous cherchez quelque chose de spécial, c’est un bon choix (mais cher). Comme plante de jardin, cet arbre est un peu plus sensible, ce qui s’explique par son origine (Colorado, Arizona, Nouveau-Mexique et Utah).
Note: la différence entre Picea et Abies
La distinction entre les deux groupes est simple à faire. Pour les espèces de Picea, les aiguilles se dressent sur une sorte de petit coussin, qui s’arrache en même temps que les aiguilles, avec un fragment d’écorce. Si les aiguilles tombent naturellement, le “coussinet” reste fixé aux branches, sous forme d’une nodosité.
En Europe et en Amérique du Nord, on cultive encore, de temps en temps, beaucoup d’autres conifères comme sapins de Noël. Citons comme exemples Picea engelmannii (des montagnes de l’ouest de l’Amérique du Nord), Pinus sylvestris (bien connu sur les sols sablonneux de Campine), Taxus baccata (l’if que l’on utilise si souvent comme haie), Abies balsamea (que l’on trouve du Canada à la Virginie), Abies fraseri (qui ressemble beaucoup au précédent et provient des montagnes du sud-est des Etats-Unis), Abies magnifica (trop gélif pour nos jardins), Pinus pinea (petit arbre à la couronne aplatie), Pseudotsuga menziesii (appelé sapin de Douglas), Sequoiadendron giganteum (le séquoia géant), x Cuprocyparis leylandii (à la croissance rapide, trop souvent planté comme haie), Juniperus orientalis (genévrier d’Orient), Pinus virginiana (de l’est de l’Amérique du Nord) et Pinus parviflora (pin blanc du Japon). Bref, un vaste choix, même si vous ne pourrez pas acheter ces plantes comme arbres de Noël, mais bien comme arbres d’ornement ordinaires.
Après la fête
Une fois passée la période de Noël, il faut se débarrasser de la plupart des sapins – et surtout de ceux qui ont été abattus. De nombreuses communes prévoient une collecte spéciale et il y a aussi les "grands feux" traditionnels. Si, toutefois, vous voulez d’autres idées...
1. Utilisez votre sapin de Noël comme mangeoire pour les oiseaux et suspendez-y des boules de graisse et des filets de graines.
2. Broyez-le et utilisez-le comme mulch.
3. Rassemblez les aiguilles dans un sachet en coton, pour parfumer vos tiroirs de linge (les aiguilles du sapin de Douglas, par exemple, sentent l’orange).
4. Utilisez l’arbre dépourvu de ses aiguilles comme tuteur pour des pois de senteur, par exemple. |